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Jojo
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« Répondre #268 le: 15 Février 2010 à 05:57:34 » |
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Tourisme : pourquoi ça ne décolle pas
CLICANOO.COM | Publié le 15 février 2010
Depuis des années, notre île peine à dépasser le cap des 400 000 touristes (dont une moitié de clients affinitaires) alors que le voisin mauricien en affiche plus de 900 000 par an. A l’aube des élections régionales, état des lieux de ce qui coince, et tour d’horizon des propositions pour enfin créer une filière touristique digne ce nom.
Le jeu des comparaisons risque d’agacer certains. Mais il est implacable. Quand on évoque Maurice, on pense lagon, belles plages, hôtels luxueux. Quand on parle de la destination Réunion... “Rien ne vient spontanément à l’esprit”. Le constat émane d’une directrice d’agence de voyage. Un comble pour une île qui dispose d’atouts naturels sans équivalent dans la zone : un volcan, des cirques aux paysages extraordinaires, des lieux de randonnées exaltants... L’IRT a beau multiplier les campagnes de promotion, la Réunion ne possède toujours pas d’image de marque touristique, sinon un slogan éculé “l’île intense”. “On n’arrive pas à se positionner sur un argument distinctif”, constate René Barrieu, ancien directeur du CTR, aujourd’hui consultant en tourisme. Conséquence : “Le réseau de vente national des voyages ne considère pas la Réunion comme une destination de référence”. Les statistiques le confirment. Dans les 369 000 touristes recensés en 2008, seulement 140 000 étaient des vrais touristes d’agrément. “Le marché affinitaire (familles, amis) devient notre marché principal, alors qu’il a vocation à être un marché de complément. C’est inquiétant”, juge René Barrieu.
Une communication mal ciblée
Depuis plusieurs années, le CTR puis l’IRT ont fait le choix de centrer les campagnes de promotion de la Réunion sur le territoire métropolitain. Discutable selon les professionnels qui regrettent que notre île soit invisible depuis l’étranger. Là encore, les chiffres parlent : seulement 11% des touristes qui séjournent dans l’île sont d’origine étrangère. Soit moins de 40 000 personnes, principalement des Allemands, Suisses et Italiens. "Il faut revoir la communication, s’adresser davantage à une clientèle internationale pour faire monter les standards hébergement", soutient Catherine Frécaut, directrice général de Bourbon Voyages, et vice-présidente du syndicat national des agences de voyages. D’autres estiment qu’il faut collaborer davantage avec Maurice et ses 900 000 touristes. Y mener des campagnes d’affichage dans les hôtels, travailler sur des circuits de voyage combinés. Cela implique plus d’euros dans la promotion. Plus en tous cas que les deux millions dépensés par l’IRT pour sa dernière campagne, au demeurant très réussie. "L’augmentation des moyens de promotion ne garantit pas le succès d’une communication, mais la non augmentation de ces moyens est une garantie d’échec", dixit René Barrieu.
Un problème de gouvernance
En théorie, le conseil régional devrait être le pilote de la politique touristique de la Réunion. Sur le terrain, les professionnels déplorent un manque de volonté politique autour du tourisme. "Il n’existe pas de vraie filière économique autour du tourisme", rappelle Catherine Frécaut. "Il n’y a que des grands discours politiciens qui ne font rien avancer", critique Agnès Lavaud, présidente du syndicat des professionnels d’activités de loisirs. C’est vrai qu’il y aurait à redire sur la part du budget de la Région allouée au tourisme : moins de 13 millions en 2008, sur un gâteau de 460 millions d’euros. Un peu juste pour espérer doper une industrie économique pourtant structurante, qui représente actuellement 9 000 emplois directs, mais qui pourrait en générer 15 000, dans un contexte favorable. Si la gouvernance politique est insuffisante, celle des professionnels n’est pas non plus exempte de tous reproches. Dialogues de sourds, conflits d’intérêts, querelles syndicales entre l’UHR et l’Umih, difficile de faire parler d’une même voix tous les professionnels du secteur. Pourtant, un travail d’équipe et des compétences partagées s’imposent. "Il serait souhaitable de créer un comité de pilotage pour assurer la coordination des actions entre les élus et les socio-professionnels", propose Agnès Lavaud. L’ancien ministre de l’Outre-mer, Yves Jégo, avait évoqué la constitution d’un GIP du tourisme. Reste à désigner un capitaine, pas trop marqué politiquement ni trop syndiqué, qui fasse l’unanimité. Pas gagné.
Pas assez de lits
"On souffre d’un paradoxe aberrant. D’un côté, nos hôtels sont à moitié vide. De l’autre, ils sont obligés de refuser certains clients, par manque de place", relève Catherine Frécaut. Avec seulement 2175 chambres d’hôtels, la Réunion est l’un des départements les moins bien dotés de France. D’après les professionnels, il en faudrait au moins le double pour tirer l’industrie vers le haut. "Plus de chambres, c’est plus de tour opérateurs, plus de pression sur la demande aérienne", analyse Catherine Frécaut. Philippe Doki-Thonon, représentant la branche hôtellerie de l’Umih, partage le constat : "Une destination commence à être visible à partir de 10 000 lits. Là, on peut se permettre d’avoir une politique commerciale agressive. On en est loin". Faute d’hébergement suffisant, les agences de voyages sont en effet contraintes de refuser des clientèles de groupe et des séminaires professionnels. Plus de lits, mais où ? Les voyagistes pensent à la zone du volcan, au sud, également au littoral de l’ouest. Quels types d’hébergement ? "Privilégions les petites structures de charme (100-150 chambres), sans tomber dans les blocs de béton", propose Catherine Frécaut. Un petit hôtel par ci, un autre par là, difficilement envisageable vu la rareté du foncier. Outre de nouvelles structures d’accueil, René Barrieu en appelle à la construction d’un centre de congrès, "pour regagner cette clientèle de groupe qui fait défaut".
Des prestations pas à la hauteur
Si l’accueil est un gage de séduction, le niveau de services l’est tout autant. En la matière, on sait que la Réunion est encore loin d’être exemplaire. Les professionnels font remarquer que de nombreux sites touristiques majeurs sont encore dépourvus de toilettes. "Une fois, on a envoyé un groupe de 250 croisiéristes au volcan. Une fois là-haut, pas de restaurant, pas de lieu pour faire leurs besoins", soupire la directrice de Bourbon Voyages. De même, l’hygiène de certains gîtes laisse franchement à désirer. Draps sales, cuisine médiocre... Autre carence, le niveau d’accueil dans les offices de tourisme, voire certains hôtels, où le personnel n’est pas toujours à l’aise avec l’anglais, manque de courtoisie. Des détails qui comptent dans le bilan d’un séjour. Et qui conditionnent le bouche-à-oreille sur la destination.
Des barrières réglementaires
Force est de constater que les grands groupes hôteliers ne se bousculent pas pour investir à la Réunion. Derniers en date, les Mauriciens de Naiade, qui ont racheté en 2007 le Grand Hôtel du Lagon et les Villas du récif. Au-delà d’une rentabilité incertaine, beaucoup d’investisseurs sont découragés par le manque de foncier pour s’implanter. Entre les contraintes du Sar, les terrains agricoles, les zones protégées (parc national, réserve marine), pas facile de dénicher des parcelles constructibles. Egalement concernés, les professionnels des activité de loisirs en pleine nature. "Nos espaces de pratique se réduisent à cause d’une réglementation contraignante et arbitraire. Les sentiers de randonnée n’arrêtent pas de fermer, il y a une menace sur l’aire d’atterrissage de parapente à Saint-Leu", énumère Agnès Lavaud. Parapente, plongée, activités d’eaux vives, ULM, balade en mer... Il existe une centaine de micro-entreprises de loisirs. Elles sont source de 600 emplois et génèrent un chiffre d’affaire annuel de 10 millions d’euros. Considérable à l’échelle d’une petite île. Or, le potentiel en matière de sport nature reste sous-exploité. "Un touriste pratique au moins deux activités pendant un séjour d’une semaine", rappelle Agnès Lavaud. Encore faut-il les faire connaître. A quand des packages intégrant hébergement et circuit d’activités de loisirs, clés en main ?
Des prix dissuasifs
On en vient au nerf de la guerre. Comptez plus de 200 euros la nuit pour un couple dans un quatre étoiles de l’île. Et encore, sans la demi-pension. Pour une semaine, la facture atteint vite les 1500 euros. Au jeu de la concurrence, c’est vite vu. "Faut être clair, le niveau de prestations ne justifie pas ce tarif", admet Catherine Frécaut. René Barrieu est sur la même longueur d’ondes : "Dans un marché où l’offre dépasse la demande, la notion de prix est un frein. Il y a plus compétitifs que nous, c’est certain". Certes, replaçons les choses dans leur contexte. Ici, les charges de personnel pèsent autrement qu’à Maurice. "Sur l’île soeur, quand les hôteliers font des promos, ils rognent sur les bénéfices. Ici, promotion rime avec travail à perte. Il serait suicidaire de se lancer dans une politique de prix cassés, analyse René Barrieu. Il faut miser sur une politique de qualité, offrir un hébergement de standing international, attirer une clientèle plus aisée, comme aux Seychelles". Pour cela, il faut que les prestations suivent.
Un marché aérien trop restreint
Pour faire venir des touristes, il faut des avions, de gros avions. Tant que la Réunion ne sera desservie que par trois compagnies aériennes françaises, il n’y aura pas de miracles. Le prix des billets restera rédhibitoire, inabordable pour un vacancier sur deux : plus de 1000 euros par tête en haute saison. Pour ce budget, rappelons qu’on s’offre une semaine de voyage organisé au Brésil, au départ de Paris. L’arrivée de compagnies étrangères changerait-elle la donne ? Légalement, rien les empêche de se poser à Gillot ou Pierrefonds demain. "Mais ça ne les intéresse pas, elles ne trouvent pas leur compte", rappelle René Barrieu, en glissant que des compagnies comme British Airways et Lufthansa ont tenté des approches, sans suite. A défaut d’une desserte directe, le consultant en tourisme pense que "des escales en Europe sur des marchés ciblés (Allemagne, Italie, Espagne) permettraient de créer du flux". L’appel du pied s’adresse à Air Austral. "Prendre contact avec la Chine et la Nouvelle-Calédonie, c’est bien, mais à court terme, la Réunion a plus de chances d’attirer des touristes européens qu’asiatiques". Reste l’alternative des compagnies à bas coût. Gérard Ethève, PDG d’Air Austral, promet une révolution avec l’arrivée d’un A 380 "law fare" en 2014. D’ici là, ça laisse le temps de construire quelque chambres supplémentaires.
Vincent Boyer
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